PSO : l’état de l’art


Responsable de la certification PSO au sein de l’Ugra (le centre de compétence suisse pour la technologie des médias et de l’imprimerie), Guy Flüeli dresse pour nous  l’état de l’art du mouvement de standardisation de l’industrie graphique, en France et dans le monde.



NormaPrint : L’Ugra est, avec l’industrie graphique allemande, le moteur du développement des pratiques dites du PSO en Europe. Depuis quand y travaillez-vous ?

Guy Flüeli : L’Ugra a fêté en 2012 à la Drupa son soixantième anniversaire. Notre association est née en 1952. Dans les mêmes années en Allemagne, la Fogra voyait le jour sous l’impulsion du bwdm, le syndicat des imprimeurs allemands. À l’époque, nos associations faisaient la promotion du contrôle de la qualité dans l’industrie de l’imprimé. L’Ugra a développé par exemple sa fameuse Gamme Offset Ugra 82 pour contrôler les plaques offset à une époque où le procès de fabrication n’était pas fiable. L’Ugra effectuait aussi à la demande des professionnels des études de marché : quels avantages présente tel système de photocomposition vis-à-vis de tel autre par exemple. Du contrôle de la qualité, l’Ugra, comme la Fogra, a peu à peu évolué vers la notion de standardisation, suivant en cela le mouvement général de l’industrie. Elle a notamment participé activement à l’élaboration des normes dans l’ISO TC 130.
En 2001, le bvdm publiait son guide de la standardisation appelé PSO pour Process Standard Offsetdruck. En 2004, il effectuaient leur première mise en conformité PSO d’une entreprise. C’est en 2007 que l’Ugra a procédé quant à elle à ses premières certifications PSO.

Norm. : Quelles sont les différences pratiques entre l’Ugra et la Fogra ?
G. F. : Alors que la Fogra est une institution financée par l’état, des syndicats et des membres puissants comme les grands fabricants de machines par exemple, l’Ugra est une association qui a toujours souhaité rester indépendante : elle se finance par la vente de ses produits et prestations de services. Sa neutralité et son accréditation sont des atouts majeurs sur le marché. Aujourd’hui, l’Ugra et la Fogra sont en concurrence directe. La Fogra ne propose pas de certification PSO en Allemagne pour la simple raison que c’est le bvdm qui s’en charge pour ses membres. La Fogra travaille sous mandat du bvdm qui la finance, elle ne va pas s’amuser à concurrencer son financier. À l’étranger c’est différent…

Norm. : L’Ugra n’intervient donc pas en Allemagne ?
G. F. : Si bien sûr, l’Ugra est demandée par les imprimeries allemandes qui n’adhèrent pas au bvdm. Celles-ci y trouvent un intérêt économique, la certification PSO de l’Ugra étant plus complète, et une garantie d’indépendance.

Norm. : Où en est-on aujourd’hui ? Quel est l’état de l’art du PSO en France et dans le monde ?
G. F. : L’Ugra a aujourd’hui certifié PSO cent cinquante entreprises dans le monde dont soixante en France. La France est devenue le numéro deux mondial en nombre d’entreprises certifiées, cela en cinq ans puisque la première certification française d’une imprimerie date de 2008.
La France compte une vingtaine d’experts certifiés par l’Ugra (UCE, Ugra certified expert), pour deux cent quatre-vingts dans le monde (dont une bonne trentaine en Chine !). Tous ne font cependant pas de la préparation à la certification ; beaucoup sont dans des entreprises et ont la responsabilité du procès.

Norm. : L’Ugra valide ses audits en décernant un certificat PSO. Quel en est l’intérêt ?
G. F. : Au départ, les entreprises ne sont pas forcément demandeuse du certificat. C’est le plus souvent en cours de préparation qu’elles prennent conscience de l’importance de la validation.
Sans l’avis de quelqu’un de neutre, extérieur à l’entreprise, pour valider ou invalider les procès mis en œuvre, il est difficile de les stabiliser et de les pérenniser.
La certification PSO Ugra appose une estampille sur l’efficacité du procès de production. Celle-ci a valeur marketing (preuve de bonnes pratiques et de respect des normes au long de la production), mais surtout elle valide une définition précise des méthodes de travail.
Dans un procès non contrôlé, on réagit au coup par coup. On va corriger les erreurs, mais rien ne dit qu’on est allé à la source ou que cette erreur ne va pas se reproduire. La certification aide à remettre en question les procès de travail. Un imprimeur me disait encore récemment : « Je travaille comme cela depuis trente ans, je ne vais rien changer. » Mais en trente ans ses machines et ses matériaux ont changé : l’homme qui n’a pas suivi son outil de travail perd de sa compétitivité et ne peut pas être engagé dans une démarche industrielle. Cette attitude est obsolète et la certification PSO permet de rentrer dans un cercle vertueux d’améliorations. C’est l’amélioration continue.

Norm. : Quels sont les principaux gains pour une entreprise certifiée PSO ?
G. F. : Dans l’ordre je dirais :
– la maîtrise du processus (avec le fil rouge qui est la gestion de la couleur);
– la sérénité du fonctionnement (aussi sur le plan du personnel) ;
– la responsabilisation du personnel ;
– les responsabilités partagées entre les différents intervenants ;
– l’évitement des erreurs qui coûtent.
Une erreur en épreuve, ce n’est pas grave. Une erreur en plaque ce n’est pas grave non plus. La correction est faite avant que cela coûte en production. Mais une plaque en erreur qui part à la machine et qui est montée : cela est grave, car cela met en péril la production en bloquant du temps machine improductif. Et si l’on imprime cela peut-être une catastrophe et dans tous les cas cela entraîne des surcoûts. La certification PSO, c’est apprendre à stopper les fautes au moment où elles se produisent, les corriger avant de poursuivre dans le procès, puis faire en sorte qu’elles ne se reproduisent plus.
Dans une entreprise certifiée, chaque professionnel a confiance dans le travail de celui ou celle qui le précède dans la production. Il se crée alors une véritable culture d’entreprise. Un exemple : dans une imprimerie actuellement en cours de préparation, un conducteur piaffe littéralement d’impatience en attendant que sa presse soit standardisée alors que celle de son collègue l’est déjà. Pour lui son collègue a déjà la belle vie. Et pourtant, il ne s’agit que de la maîtrise de son outil et de son procédé !
En général on attend de l’engagement PSO un gain économique. Ce gain est réel, mais avant tout le gain est humain. Francis Bianchi, le chef de production de l’imprimerie l’Ormont dans les Vosges me disait récemment : « Avec le PSO, la sérénité est revenue dans mon entreprise ».

Norm. : Vous arrive-t-il souvent de refuser une certification ?
G. F. : Y a-t-il beaucoup de ratés ? En principe l’entreprise est prête, elle s’est préparée sans rien laisser au hasard et en général la préparation est correcte. Mais il existe des différences, principalement entre les entreprises qui se sont préparées elles-mêmes, sans l’aide d’un consultant externe, et celles qui font appel à un expert. Sans l’aide de l’expert, la standardisation de la production sera traitée poste par poste, mais bien souvent il manquera le « fil rouge », c’est-à-dire la cohérence entre les différents éléments du processus de production. Le plus catastrophique, c’est quand les services ne s’entendent pas. Nous avons eu une mauvaise expérience dans une imprimerie mal préparée. Elle était le lieu d’une lutte à couteau tiré entre les différents services. Dans ces cas-là, le rôle de l’expert est de ramener le problème à un niveau technique qui est solvable, quitte à reporter le passage de la certification tant que celui-ci n’est pas résolu. Sans la validation de la certification, la résolution de ce genre de difficulté ne peut pas être validée, preuve que l’entreprise a su dépasser cette crise.
Lorsqu’un audit ne donne pas entière satisfaction, nous organisons une session de rattrapage pour les fonctions insuffisantes. L’entreprise nous rappelle une fois qu’elle a réglé le problème et nous venons pour contrôler la ou les fonctions qui étaient en défaut la première fois.

Norm. : Quelle sont les conseils à donner à une entreprise intéressée par la standardisation ?
G. F. : En premier lieu, la motivation et l’entrain doivent venir de la direction qui doit nommer un chef de projet. Du temps et des moyens doivent être mis à disposition des techniciens, opérateurs et ouvriers, sinon cela ne fonctionne pas. C’est un réel projet d’entreprise qui va toucher tous les services et qui demande l’engagement personnel de chacun dans l’entreprise. Combien de fois entend-on : « Je n’ai pas eu le temps de faire ceci ou cela, car j’avais du travail ». Mais la préparation à la certification c’est aussi du travail !

Norm. : Combien de temps faut-il compter pour un retour sur investissement ?
G. F. : De trois mois à une année.

Norm. : Si rapidement ?
G. F. : Oui, une seule erreur stoppée à temps peut à elle seule garantir le retour sur investissement. C’est arrivé qu’un patron nous le dise le jour même de l’audit ! Cela dit, il y a rarement des contrôles statistiques avant la certification, ce qui empêche ou rend difficiles les comparaisons scientifiques. Mais selon un raisonnement industriel, deux minutes de gagnées sur un seul élément du processus de travail qui se reproduit des milliers de fois dans une année et sur plusieurs postes (par exemple calage des presses pour 2000 à 3000 dossiers par an), cela fait au final un gain de productivité énorme. Sans compter que l’économie de gâche représente au final un tonnage de papier effarant.

Norm. : Quelles sont les évolutions attendues dans le processus de standardisation ?
G. F. : Nous avons connu cette dernière année un ralentissement de la progression du nombre d’entreprises s’engageant dans une démarche PSO. Cela est dû à la crise. Mais pour 2013, les prévisions sont bonnes, on attend vingt nouvelles certifications rien que pour la France qui passera ainsi de soixante à quatre-vingts entreprises certifiées par l’Ugra. Entre quarante-cinq et cinquante certifications supplémentaires sont prévues un peu partout dans le monde en Afrique, en Amérique latine, en Russie, en Asie…
Un autre indicateur est encourageant : pratiquement toutes les entreprises certifiées veulent se faire recertifier passé le délai de deux ans de validité de leur certificat. La recertification représente à la fois un outil de contrôle des processus de production et une piqure de rappel pour le personnel.

Norm. : Une conclusion ?
G. F. : Depuis plus de six ans que nous certifions les entreprises, nous n’avons jamais eu de retour négatif. Au départ on attendait surtout des bénéfices techniques de la standardisation : les normes ISO sont des normes produits pour la plupart. À l’arrivée ce sont les bénéfices sociaux qui sont d’abord mis en valeur par les entrepreneurs. La bonne entente entre le personnel, de la communication solide, de la confiance en ce que l’on fait, en bref on construit une culture d’entreprise et cela est très important pour la vie de celle-ci. Il semble que c’est ce qui manque dans beaucoup d’entreprises.

Propos recueillis par Christophe Colin.