Pourquoi la norme évolue ?

La Fogra a récemment publié deux nouvelles données de caractérisation standard (Fogra 51 & Fogra 52) correspondant à l’évolution de la norme ISO 12647-2 publiée en 2013. Sur la base de ce travail, l’ECI a mis  à disposition deux nouveaux profils ICC standard : PSO Coated V3 et PSO uncoated V3 appelés à remplacer les bien connus ISO Coated V2 et ISO Coated V2 300 % ainsi que le PSO uncoated ISO 12647 (ECI).
La mise en conformité des outils de contrôle, des presses et des flux prépresse avec cette nouvelle norme ISO 12647:2013 sera le chantier d’importance de ces prochains mois pour les imprimeurs offset. Mais au fait, pourquoi cette évolution ? Ne pouvait-on pas se contenter de rester aux standards de l’ISO 12647-2:2004 qui peu ou prou a fait ses preuves ?

Rappelons-le, les normes “métier” telles que l’ISO 12647 ont vocation à lever les obstacles à la productivité et au commerce. Nul n’est jamais obligé de s’y conformer. La standardisation, pour une industrie comme la nôtre, participe d’une démarche volontaire des parties prenantes qui y voient leur intérêt : les fournisseurs de consommables, les développeurs de flux prépresse et les constructeurs de presses, mais, aussi et surtout, les utilisateurs (imprimeurs et donneurs d’ordre). Pour un imprimeur, s’engager dans une démarche de standardisation et de gestion de la qualité ne consiste pas à atteindre un objectif immuable, mais au contraire à s’investir dans une démarche dynamique d’amélioration continue. La norme ISO 12647-2 elle-même n’est qu’un outil de référence, une base méthodologique, reflétant quelque part l’état de l’art de l’industrie graphique… au moment où elle est publiée. Or, et c’est tant mieux, les technologies évoluent, le marché évolue, et les pratiques professionnelles évoluent. La norme se doit donc d’accompagner ce mouvement. Ne pas le faire la condamnerait à l’obsolescence et lui ferait perdre pour le coup toute utilité.

Pour une meilleure efficacité

Parmi les évolutions auxquelles l’ISO 12647-2 doit s’adapter figurent celles provoquées par la norme elle-même. Depuis 2004, date de sortie de sa première mouture, les pratiques du métier ont évolué vers plus de… standardisation. Le millésime 2013 de l’ISO 12647 tient donc logiquement compte des pratiques actuelles en matière de normalisation, en précise certains aspects, corrige ce qui est apparu comme une mauvaise interprétation de la norme elle-même et se veut, par sa structure rédactionnelle, plus facile d’accès.
À titre d’exemple, l’ISO 12647:2:2013 prend soin de préciser que les caractéristiques des papiers de références pour les conditions d’impression standard ne sont précisées qu’à titre indicatif et qu’il n’est nullement obligatoire d’utiliser des papiers «en conformité avec l’ISO 12647-2» pour se conformer à la norme. Autrement dit, la couleur des supports, exprimée en valeurs LAB, a parfois été prise à tort comme un élément normatif, au même titre que la couleur des encres, alors qu’elle ne l’était pas dans l’esprit des rédacteurs de la norme. Ici la mouture 2013 lève donc un frein à l’application de l’ISO 12647 dû à une équivoque dans la compréhension de la norme elle-même.
Dans l’optique de “coller” aux pratiques existantes pour une meilleure efficacité, l’ISO 12647-2:2013 fait aussi un pas vers les méthodes de standardisation en vigueur outre atlantique. L’association professionnelle Idealliance, qui préside à la publication des bonnes pratiques du G7 et des données de caractérisation SWOP, s’inscrit dans la démarche initiée par la publication de l’ISO 12647-2, mais la renforce de consignes concernant le contrôle de la balance des gris. L’ISO 12647-2:2013 contient désormais des recommandations qui concernent la définition du gris neutre. Une formule de calcul des valeurs cibles de gris neutre, inspirée (mais différente) de celle concoctée en son temps par l’Idealiance pour le G7, y fait donc son apparition. Peut-être un signe avant-coureur  d’une harmonisation des pratiques de standardisation des deux côtés de l’Atlantique ?

Adaptation au marché

L’impression offset on le sait est aujourd’hui confrontée à la concurrence débridée des technologies numériques. Le millésime 2013 de l’ISO 12647 tend à refléter les tendances du marché liées à cette concurrence. Y sont en effet mis en avant deux secteurs pour lesquels l’offset représente toujours un horizon technique (dépassable ou non, l’histoire le dira) : les gros volumes et le packaging.
L’intérêt des rédacteurs de la norme pour les tirages en volume se mesure en regard de la nouvelle classification des conditions standards d’impression. Sur huit conditions définies “pour des supports d’impression normaux”, six concernent l’impression continue sur presse rotative avec sécheur !
Le packaging (ou plutôt “l’impression sur carton pour le marché de l’emballage”) apparaît quant à lui expressément dès le chapitre 1 qui définit le domaine d’application de la norme (ce qui n’était pas le cas en 2004). Les nombreuses considérations désormais explicitées dans l’ISO 12647-2, qui précisent comment tirer parti de la standardisation tout en imprimant sur des supports peu courants ou très spécifiques, ciblent à l’évidence ce secteur de marché.
Autre exemple d’adaptation aux évolutions du marché sur lequel nous reviendrons, la volonté de tenir compte de la présence d’azurants optiques dans bon nombre de support couramment utilisé en imprimerie. Ces azurants font paraître le papier “plus blanc que blanc”, grâce à leurs propriétés fluorescentes qui renvoient dans le spectre visible une partie des ultra-violets présents dans la source d’éclairage. De fait, la grande majorité des papiers imprimés aujourd’hui en labeur comporte une teneur plus ou moins prononcée de ces particules. La norme ne pouvait plus faire mine de les ignorer.

Adaptation aux techniques

L’adaptation de l’ISO 12647 aux évolutions techniques se situe à deux niveaux. D’une part la norme s’adapte à l’actualité des technologies de prépresse et d’impression, et d’autre part elle tire parti des progrès faits notamment dans la mesure de la couleur. Ainsi il n’est plus fait état d’exigences en matière de films offset, largement tombés en désuétude depuis 2004. À l’inverse, la norme colle à la réalité des CTP en modifiant les valeurs cibles des courbes de déformation du point de trame avec un départ de courbe plus accentué dans les quarts de ton. Toujours dans le domaine de la trame, les linéatures recommandées sont plus denses que dans l’ancienne version, les exigences des pourcentages de points reproductibles un peu plus poussées et les trames non périodiques (stochastiques) mises à l’honneur (les valeurs cibles sont fournies pour chaque condition standard d’impression).
En matière de mesure de la couleur, les progrès techniques portent sur la possibilité de prendre en compte les conséquences colorimétriques des agents fluorescents présents dans les supports. (Lire à ce propos notre article : Mesure de la couleur : le facteur M). Jusqu’il y a peu, la composante en UV des illuminants inclus dans les appareils de mesure de la couleur était instable, non précisément renseignée, et de toute façon différente de celle contenue dans l’illuminant standard de référence CIE D50. Désormais certains appareils soit sont équipés en interne d’un illuminant D50, soit savent calculer précisément la correspondance entre leur illuminant interne et le D50. Il est donc désormais possible d’utiliser ces appareils pour tenir compte de l’effet des UV transmis par l’illuminant de la cabine de lumière (D50 selon l’ISO 3664:2009). L’ISO 12647-2:2013 recommande donc d’utiliser le mode de mesure M1, qui tient donc compte des UV, pour la mesure de la couleur. Les nouvelles conditions de caractérisation Fogra 51 et Fogra 52 ont été réalisées selon ce mode. Pour s’assurer qu’une impression est bien dans les clous d’une de ces conditions, il est en conséquence indispensable d’utiliser un spectrophotomètre disposant de cette option M1.
C’est d’ailleurs cet impératif qui risque de ralentir la généralisation de l’adoption des nouvelles exigences de l’ISO 12647-2 version 2013. La bonne nouvelle, c’est que rien ne presse, les deux moutures de la norme peuvent très bien cohabiter sans perturber la bonne communication entre les différentes parties prenantes de la standardisation de l’industrie graphique.

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