Le serveur de couleurs

Le terme américain Color Matching Systems (CMS) est de ceux qui n’ont jamais trouvé de traduction convenable en français. Pourtant les fonctions qu’il recouvre sont devenues indispensables pour qui veut organiser un flux de production imprimée normalisé ou non.

Le terme français le plus satisfaisant, quoique peu élégant, serait Système de mise en concordance des couleurs. On peut aussi parler de système de conversion colorimétrique ou plus poétique, de serveur de couleurs. Quoi qu’il en soit, la fonction première d’un tel dispositif est d’offrir à l’imprimeur la possibilité de convertir dans son propre espace de couleur (qu’il soit normatif ou personnalisé) les fichiers lui provenant de l’extérieur.
S’il opte pour un flux de production CMJN, un imprimeur s’inscrivant dans une logique normative, doit être en mesure de convertir des fichiers PDF/X-3 en PDF/X-1a.  En effet commercialement parlant, même s’il recommande à ses clients d’adopter le PDF/X-1a, l’imprimeur ne peut imposer son choix. Force lui est faite d’accepter les documents PDF relevant d’autres normes, voire d’aucune norme, à charge pour lui alors de les normaliser.
Il en va de même s’il doit traiter des documents normalisés selon les règles en vigueur outre-Atlantique en GRACoL 2006 ou en SWOP 2006. Le serveur de couleur se charge alors de les convertir en Fogra 39.
Du Fogra 39, après avoir imprimé une épreuve certifiée, l’imprimeur doit alors convertir les fichiers PDF vers un espace colorimétrique mieux adapté à la réalité de l’impression, en particulier si celle-ci doit se faire sur papier non couché. L’espace couleur de destination pourra être alors soit un espace générique défini par une référence de caractérisation Fogra (Fogra 46 ou Fogra 47 par exemple), soit l’espace colorimétrique propre à sa presse offset et à son papier définit par un profil ICC confectionné sur mesure.
Un tel flux de conversion doit s’appuyer sur une technologie de profil de liaison (Device link profile, voir à ce sujet Chapitre 2, Section 9). Le ou les profils de liaison utilisés lors de la conversion préserveront les à plat, les filets et les textes de couleurs solides à commencer par le texte Noir 100, ainsi que la qualité des dégradés des documents PDF. Certains flux perfectionnés sont en mesure de générer à la volée un Device link profile optimisé pour la conversion, même si celle-ci n’est pas standard. Cela peut être utile, notamment pour les conversions de PDF/X-3 (qui contiennent des profils sources personnalisés) en PDF/X-1a.

Achromatisme
Si les presses ont été caractérisée et donc que l’on dispose de leurs profils ICC personnalisés, adaptés aux différents papiers, le passage des fichiers par le serveur de couleur sera l’occasion d’appliquer un traitement achromatique. Celui-ci optimisera la séparation quadrichromique de façon à ce qu’il y ait le minimum d’encre qui se dépose sur le papier. Cela fait naturellement économiser de l’encre, mais favorise surtout la rapidité des calages et la stabilité des tirages en exploitant au mieux les qualités de l’encre noire. Entre autres avantages, un tel procédé a la faculté de réduire l’effet de métamérisme sur les documents imprimés.
Dans le même mouvement, le passage des documents dans le serveur de couleurs est le moment idéal pour appliquer aux images, l’ultime traitement de netteté (USM). Ainsi la qualité des images (et pas seulement leurs couleurs) pourra être optimisée selon leur taille effective et selon les conditions réelles de l’impression (trame, papier d’impression…).
Le flux de concordance des couleurs s’inscrit naturellement dans le flux plus large de la normalisation PDF du prépresse que l’on peut résumer ainsi :
– contrôles et corrections « géométriques » (présence des polices, épaisseur des traits, résolution des images, calcul des transparences…) ;
– conversions chromatiques (conversions RVB-CMJN, normalisation des couleurs, gamut mapping) ;
– optimisation (traitement achromatiques, netteté des images…)
Présenté comme cela, il ne s’agit ni plus ni moins que de l’automatisation moderne des tâches effectuées jadis par un photograveur confirmé.