Du PostScript au PDF

Le format PDF occupe une place centrale tout au long de la chaîne de production graphique. Son ancêtre direct le PostScript est cependant toujours d’actualité. Les liens ambigus qu’entretiennent l’un et l’autre sont, encore aujourd’hui, au coeur de la problématique de sécurisation des échanges numériques dans l’industrie graphique.

Né en filiation directe d’avec le langage PostScript, le format PDF ne fut pas conçu spécifiquement pour répondre aux besoins des arts graphiques. Quand Adobe le lance en 1993, c’est à destination des marchés de la bureautique et de la gestion documentaire. Le but était alors de s’affranchir du papier et pouvoir s’échanger des documents de travail sans avoir à les imprimer. Ce n’est que dans un second temps que l’industrie graphique s’est emparée du PDF et en a fait son format de prédilection pour la circulation des fichiers graphiques et les traitements prépresse.
Le PostScript lui-même, dans les années 80, a connu un parcours identique. Il ne s’agissait au départ que d’imprimer un texte ou un tableur sur une simple imprimante de bureau. De cette généalogie, il nous reste les contraintes.

du pdf au postscript

Mais qu’est-ce que le PostScript ?
Contrairement au PDF, le PostScript n’est pas un format, mais un langage de commande numérique. Un langage inventé pour piloter à distance une imprimante ou tout autre système d’impression.
Une imprimante, quelle qu’elle soit, n’est jamais qu’une mécanique à qui l’on doit indiquer les parties de la feuille de papier qu’elle doit recouvrir d’encre ou de toner. Pour ce faire, la surface imprimable (la feuille de papier) est divisée en un nombre fini de colonnes (verticales) et de rangées (horizontale) qui définissent une grille (une matrice) de points. Plus le maillage de cette grille est fin, plus la résolution de l’imprimante est haute. Le fonctionnement d’un système d’impression est toujours, en définitive, matriciel.
Or l’organisation interne des logiciels de traitement de texte, de calcul ou de mise en page n’est pas de type matriciel, mais « vectoriel ». Dans ces applications, la page à imprimer n’est pas pensée comme une grille de points, mais comme une suite d’informations balisées. Le PostScript est un langage inventé pour faire communiquer les logiciels avec leur principe vectoriel et un dispositif d’impression de principe matriciel.
Une imprimante PostScript n’est en fait qu’une mécanique pilotée par un ordinateur très spécialisé, le RIP (pour Raster Image Processor). La fonction de ce dernier n’est autre que de comprendre (interpréter) les commandes vectorielles codées en PostScript et les transformer en informations matricielles, seules exploitables par l’imprimante.

Le PostScript n’est pas le seul langage de ce type à avoir été développé. Il existe des imprimantes non PostScript. L’avantage majeur du PostScript pour l’industrie graphique est d’être un standard. Jusqu’à une date récente, si un constructeur voulait mettre sur le marché un système d’impression à destination des professionnels de l’industrie graphique, il le concevait obligatoirement comme étant compatible PostScript. L’affaire était entendue depuis plus de vingt ans… Adobe a gagné cette bataille technique et commerciale au cours des années 80. Au point que le mot PostScript est encore intimement associé à l’acronyme PAO (Publication assistée par ordinateur), au moins pour la génération qui a assisté à leur émergence concomitante.

Actualité du PostScript.
Le PostScript n’est pas exempt de défaut en regard des exigences de l’impression professionnelle. Ses limites et autres lacunes tendent à être dépassées par l’utilisation du PDF. Alors, pourquoi encore s’intéresser au PostScript plus presque vingt ans après l’apparition du PDF ? Simplement parce que, jusqu’il y a peu, aucun RIP n’interprétait directement le format PDF. Pour imprimer un document graphique de qualité professionnelle, la conversion ultime du PDF en PostScript est très souvent encore un impératif. La mise à disposition en 2008 par Adobe de la technologie d’impression directe en PDF, « PDF Print Engine », va certes changer la donne. Mais le temps que le parc machine des constructeurs et des imprimeurs soit entièrement renouvelé, l’eau coulera sous les ponts.

Les limites du PostScript.
Développé il y a une trentaine d’années pour des besoins bureautiques, le PostScript traine derrière lui les faiblesses de son âge :
une page décrite en PostScript pèse lourd ;
elle est difficilement éditable, car, pour s’afficher à l’écran, elle doit être ripée ;
pour décrire correctement une page en PostScript, il faut connaître précisément les caractéristiques du système qui va l’imprimer. (Le PostScript est dépendant du dispositif d’impression) ;
surtout, le PostScript est peu prévisible. Un comble pour les imprimeurs pour qui prévoir ce qui va s’imprimer n’est pas le moindre impératif.
Nous l’avons dit, le PostScript n’est pas un format, mais un langage de commande. Qui dit langage dit syntaxe. Or en PostScript, comme dans les langages humains, il y a plusieurs façons d’exprimer la même information. Il n’existe pas une, mais des milliers de façons différentes pour décrire une même page en PostScript. A contrario, il n’existe pas non plus une seule et unique façon de comprendre une page exprimée en PostScript. Autrement dit, deux RIP PostScript ne vont pas forcément interpréter de la même manière l’information qui leur est adressée. Cerise sur le gâteau : le RIP doit bien souvent effectuer lui-même des calculs (opérations en boucle) pour positionner et déterminer l’aspect des divers éléments de la page. Qui dit calcul dit risque d’erreur. Les fameuses erreurs PostScript sont bien souvent des opérations en boucle que le RIP n’a pas réussies à résoudre.
Il découle de tout cela que ni les logiciels, ni les imprimantes ne sont égaux au regard du PostScript. Il existe des logiciels (ou des pilotes PostScript) qui « parlent » le PostScript mieux que d’autres. Le succès d’un logiciel comme Quark XPress à la fin des années 80 fut, pour beaucoup, dû au fait qu’il écrivait lui-même son PostScript et qu’il le faisait bien. Utilisant une syntaxe claire et ne faisant pas appel à des opérations en boucle superflues, les informations qu’il envoyait au RIP avaient plus de chances d’être correctement interprétées que celles émises par… d’autres logiciels. Il existe également des RIP meilleurs que d’autres, qui interpréteront au mieux des informations complexes. L’idéal étant naturellement de produire une syntaxe PostScript châtiée à destination d’un RIP de qualité.

PDF à la rescousse !
La bonne fortune du PDF dans l’industrie graphique vient essentiellement de sa capacité à dépasser certaines limites du PostScript. S’agissant d’un format, il est avant tout plus prévisible. Les opérations en boucle du PostScript, nécessaires à la bonne compréhension de la page, ont été calculées lors de la distillation du PDF. Idem pour la syntaxe qui est cadrée par les spécifications du PDF. Utilisant des algorithmes de compression des données, les fichiers PDF pèsent infiniment moins lourd que les PostScript. Ils restent éditables, s’affichent correctement et sont indépendants du dispositif d’impression.
Tout pour plaire ? Voire. La faiblesse du PDF réside dans sa force. Il s’agit d’un format aux multiples ressources dont la grande majorité n’a aucune utilité pour les arts graphiques. Un fichier PDF peut par exemple contenir de la vidéo. Ce qui ne saurait laisser indifférent un RIP PostScript bien né… Dans l’industrie graphique, il n’est aujourd’hui de bon PDF que des PDF compatibles… PostScript. Et c’est bien cette compatibilité qui sous-tend le contenu des normes internationales d’échange des fichiers graphiques et les contrôles indispensables à une utilisation sereine du PDF en prépresse.

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